Musique : Un outil spirituel à mieux utiliser? (2ème partie)

Prendre conscience de nos émotions

Une des raisons pour laquelle on aime, écoute et réécoute certaines pièces musicales sans forcément saisir leur pleine signification et leur potentiel spirituel, est que ces œuvres ont d’abord une résonnance au niveau de nos émotions et de notre mental, c’est-à-dire au niveau de l’ego. Pour mieux profiter de la musique spirituellement, il importe donc de mieux être à l’écoute de nos émotions, de comprendre la signification émotionnelle de l’expérience musicale, une telle compréhension de nos émotions étant d’ailleurs une clef pour tout type d’évolution spirituelle ou psychologique.  Le travail fait avec la musique pour développer notre conscience envers nos émotions et se libérer de l’ego est donc un exercice qui pourra être transposé à d’autres expériences de notre vie.

Une chanson récente illustre l’importance qu’il faut accorder au fait de prendre conscience de soi-même. Le mega-groupe U2 lançait en 2017 l’album Songs of Experience dont une des chansons s’intitulait Lights of Home et se concluait par les paroles suivantes :

Free yourself to be yourself
If only you could see yourself
If only you could see

Afin de se voir soi-même, il faut faire un effort pour identifier, c’est-à-dire amener à notre conscience, quelles sont nos émotions. Or le mot « émotion » signifie en fait « dérangement » et le fait d’identifier son émotion, donc son « trouble », permet de voir plus clair en soi-même et de surmonter les douleurs ayant meurtri notre ego, ce qui est un premier pas pour se libérer de ce dernier. Explorer les sentiments ressentis à l’écoute d’une pièce musicale est un exercice salutaire en ce sens. Par exemple, Great Gig in the Sky de Pink Floyd peut nous faire ressentir des émotions de tristesse ainsi qu’un sentiment de solitude mêlé à une impression de paix profonde.  Pourquoi? La réponse réside dans une introspection qui sera différente pour chacun, mais généralement la complainte de Great Gig peut nous rappeler à la fois notre isolement existentiel mais aussi notre force intérieure.

La relation que notre être émotionnel –notre ego- entretient avec la musique et certaines chansons en particulier est donc un lieu d’exploration important de nos blocages et blessures psychologiques. Par exemple, sur le même album, Dark Side of the Moon de Pink Floyd, la chanson Money fera éprouver des émotions de révolte à plusieurs ayant souffert d’expériences de manque d’argent ou des difficultés d’intégration sociale. Et que dire des chansons d’amour… Au niveau planétaire, les blessures affectives des milliards d’egos sont responsables des plus grands succès commerciaux de centaines de chanteurs et chanteuses.

Au-delà de textes et des émotions,
l’émerveillement pour se détacher de son mental

Ultimement, il faut s’exercer à faire avec la musique ce qu’il nous faut accomplir dans nos vies : c’est-à-dire maîtriser puis dépasser les processus mentaux de la pensée et de l’émotion pour accéder au stade de l’émerveillement.

Dans son livre Le pouvoir du moment présent, Eckhart Tolle souligne comment des émotions positives comme l’amour et la joie ne peuvent être ressenties que lorsque le mental endigue son flot de pensées.  Les conditions que Tolle décrit pour expérimenter un pareil arrêt rappellent ce qui est vécu à l’écoute de la musique :

Des aperçus fugitifs d’amour et de joie ou pouvoir moment presentde brefs moments de profonde paix ne peuvent arriver que lorsqu’une interruption survient dans le flot des pensées. Chez la plupart des gens, de telles parenthèses se produisent rarement et seulement accidentellement, à des moments où le mental réagit par le mutisme. Celui-ci peut être parfois déclenché par une vision d’une grande beauté, un épuisement physique extrême ou même un grand danger. Soudain, une immobilité intérieure s’installe. Et au cœur de cette immobilité, il y a une joie subtile mais intense, il y a l’amour, il y a la paix.
Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Éditions Arianne, 2000, p.26

Que ce soit durant un spectacle rock moderne, à l’écoute de chœurs chantant Haendel ou à l’audition d’incantations orientales, la musique provoque chez beaucoup plusieurs moment pendant lesquels « le mental réagit par le mutisme ».  Du moins, c’est ce que ressentent plusieurs devant un spectacle de Genesis ou Pink Floyd. Le mental se tait alors devant la surdose de sons et de vibrations qu’il est impossible de saisir sans mettre son mental à off  pour se plonger intensément dans le moment présent. Tolle écrivait qu’un épisode d’arrêt de la pensée « peut être parfois déclenché par une vision d’une grande beauté », il serait sans doute d’accord pour ajouter que l’écoute de musique particulièrement esthétique peut aussi provoquer ces moments où « soudain, une immobilité intérieure s’installe. Et au cœur de cette immobilité, il y a une joie subtile mais intense, il y a l’amour, il y a la paix. »

Musical Box Supper's readySans contredit, la musique, en nous aidant à passer occasionnellement du monde du mental au royaume de la contemplation, peut contribuer à développer notre spiritualité. Faire le plus souvent possible l’écoute de musique, être attentif à ce qui nous est chanté, choisir des pièces plus inspirantes, explorer des genres différents et être sensibles à ce que la musique nous montre de nous-mêmes et de nos émotions sont des clefs pour avancer spirituellement grâce à elle.

Et vous ? Quelles sont les émotions que provoquent chez vous des chansons comme Supper’s Ready, Great Gig in the Sky, Signs of the Times ou Lights of Home?  Quelles sont les pièces musicales qui vous prennent aux tripes? Quelles œuvres vous procurent un pur ravissement dans l’ici-maintenant au point de vous déconnecter de votre mental?   SVP, partager vos impressions en utilisant la section Commentaires de cet article.

Pour vous faire ressentir un peu d’émerveillement, je vous laisse avec un clip de The Great Gig in the Sky de Pink Floyd interprété par le groupe québécois Floyd Memory et par les choristes Durga McBroom-Hudson et Manon Lebrun.  Les paroles lues en voix-off au début de cette pièce sont :

« And I am not frightened of dying, any time will do,
I don’t mind. Why should I be frightened of dying?
There’s no reason for it, you’ve gotta go sometime.  »
« I never said I was frightened of dying. »

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