La croissance spirituelle est-elle un enjeu politique ?

Il est une notion peu répandue et qui m’apparaît capitale pour réussir à évoluer sur le plan spirituel.  Cette idée m’est venue à la lecture du livre Les Gens du Mensonge du psychiatre Scott Peck.  Le Dr Peck écrivait :

« Dans Le chemin le moins fréquenté, je définis le mal « comme l’exercice d’un pouvoir politique, –c’est-à-dire l’imposition d’une volonté individuelle sur d’autres par la coercition ouverte ou dissimulée—dans le but d’empêcher  … la croissance spirituelle. »human-2099066_960_720

Identifier ainsi le « pouvoir politique » au mal n’est pas en soi une innovation, même si cela est audacieux de la part d’un psychiatre. Mais prêter à ce pouvoir politique l’intention de s’opposer à la croissance spirituelle constitue une idée originale d’une grande lucidité.

Trop souvent on a l’impression que notre spiritualité est un secteur de notre vie personnelle qui est en retrait de l’existence matérielle, sociale ou politique.  Croître spirituellement se ferait en vase clos, derrière des portes fermées, en silence, et, à la limite, serait même une activité inavouable.

S’il va de soi que la recherche spirituelle soit, par essence, l’activité la plus intime qui soit puisqu’elle a lieu au plus profond de l’être, il ne faut pas perdre de vue que la spiritualité est non seulement indissociable du monde matériel dans lequel évolue l’individu mais –surtout– que la croissance spirituelle est un important enjeu social et politique.

De fait, les fondateurs des États-Unis dans leur Constitution ont défini à titre de droit livelibertyhappinessessentiel une notion assimilable à celle de croissance spirituelle, celle de la recherche du bonheur.

« Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »
Déclaration d’indépendance américaine,
4 juillet 1776

Qu’est en fait la croissance spirituelle sinon que la recherche du bonheur?  Être « Saint », ce qui est l’apogée de la croissance spirituelle, n’est-ce pas justement être « Bienheureux »? Cependant, malgré que le plus puissant pays du monde reconnaisse la recherche du bonheur comme un droit inaliénable, force est de constater que les États-Unis et les autres gouvernements du monde font peu pour favoriser cette recherche et sont souvent des obstacles à celle-ci.

L’exemple le plus extrême de l’opposition d’un pouvoir politique au développement spirituel d’un peuple est sans doute celui de la Chine oppressant la population du Tibet. Cependant, tous les gouvernements de la planète, pour maintenir leur pouvoir, ont intérêt à limiter la croissance spirituelle de leur peuple.

Même s’il faut admettre qu’en tant que personnes, les militaires sont souvent confrontés à des situations extrêmes qui les amèneront à évoluer spirituellement, toute nation souhaitant se doter d’une force militaire a besoin qu’une partie de sa population accepte de limiter sa spiritualité en se soumettant inconditionnellement à des ordres et en acceptant de tuer d’autres êtres humains. Si ceux qui refusent de s’enrôler sont définis comme des « objecteurs de conscience », ceux qui rejoignent l’armée ne sont-ils pas des personnes ayant abandonné leur conscience à la volonté d’un pouvoir politique?  Donc des individus ayant délaissé leur croissance spirituelle, même dans l’intention socialement louable de mettre leur corps et leur esprit au service de la Nation.

Aussi, afin de maintenir l’« Ordre » et de préserver l’État, les pouvoirs politiques imposeront des préceptes sociaux et légaux allant à l’encontre de valeurs spirituelles telle l’empathie, la charité et le partage. Le droit de propriété est ainsi la pierre d’assise de notre société occidentale, fondation qui, en justifiant l’inégalité dans le partage de la richesse et la pauvreté dans ses formes les plus extrêmes, fait obstacle à la croissance spirituelle d’un grand nombre de personnes, sinon du plus grand nombre.

Il existe donc entre les pouvoirs politiques et les personnes une opposition dont l’enjeu est la croissance spirituelle. Quelle est la nature profonde de cette lutte?

Nous avons vu que Scott Peck définissait le mal et le pouvoir politique comme : « l’imposition d’une volonté individuelle sur d’autres. »
C’est donc dans le comportement d’individus exerçant le pouvoir politique qu’il faut chercher le pourquoi de cette opposition à l’évolution spirituelle des autres.  Quel est donc le problème de ces individus au pouvoir?  

Le Dr Peck a abordé cette question en ajoutant :
« En d’autres mots, le mal attaque les autres au lieu de faire face à ses propres déboires.  La croissance spirituelle requiert la reconnaissance de son besoin de croître. Si nous ne pouvons reconnaître ce besoin, nous n’avons d’autres choix que d’essayer d’éradiquer la preuve de notre imperfection. »

Ce serait donc par incapacité à évoluer eux-mêmes que les hommes politiques s’attaqueraient à la croissance spirituelle de leurs semblables.  Les égos démesurés de ces dirigeants, incapables de percevoir humblement leurs imperfections, souvent dans un amour de soi narcissique, attribuent aux autres la cause de tous les déboires. Et afin de ne pas être confrontés à leurs défauts, nos gouvernants auraient tendance à empêcher leurs semblables de les dépasser.

Il faut donc souhaiter que nos dirigeants évoluent afin de favoriser la croissance spirituelle du plus grand nombre.  Cependant, ce serait tomber dans le piège du narcissisme que de croire que notre amélioration spirituelle dépend des faits et gestes de nos gouvernants.  Contrairement à nos dirigeants, il nous faut chacun reconnaître notre besoin de croître, donc prendre conscience de nos imperfections personnelles et, par un travail sur nous-mêmes, évoluer.

Il faut aussi reconnaître que  « l’exercice d’un pouvoir politique »  ou  « l’imposition d’une volonté individuelle sur d’autres» n’est pas qu’un phénomène n’ayant lieu qu’entre un chef d’État et ses sujets, mais que cet exercice a quotidiennement lieu entre chaque individu et son prochain. Que ce soit dans le couple, dans la famille, dans un milieu de travail, dans une association et même dans une église, les égos qui imposent leur volonté individuelle à d’autres peuvent brimer la croissance spirituelle de leurs prochains. Il faut donc chercher à éviter ce piège de l’égo et éviter d’exercer son pouvoir sur notre conjoint, nos enfants et nos prochains, en faisant preuve d’humilité et en favorisant l’amour des autres plutôt que l’amour de soi.

En essayant de limiter notre croissance spirituelle, le pouvoir politique souhaite « éradiquer la preuve de son imperfection ».  Croître spirituellement, c’est donc rappeler au pouvoir politique ses limitations, c’est donc le conscientiser à son propre besoin de croître.  Donc, loin d’attendre du Pouvoir une solution, il faut que dans notre individualité et dans nos collectivités nous soyons un exemple pour les gens au pouvoir.

Dans ce sens, croître spirituellement, c’est une affirmation politique. un Political Statement envers l’autorité. Une résistance face à l’occupant.  Donc, oui! La croissance spirituelle est un enjeu politique.chandelle 1048x214

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